2 Mars 2022

La pénurie de main-d'oeuvre, un frein à la croissance des PME

Ralentissement d’activités, diminution des heures d’ouverture, perte de matières premières périssables, refus ou report de commandes, employés ou gestionnaires surchargés et clients mécontents sont des exemples concrets des conséquences vécues à l’intérieur des entreprises dans un contexte durement touché par la pénurie de main-d’œuvre.

Selon une étude réalisée par la BDC, plus de la moitié des entreprises au Canada rencontrent des difficultés pour embaucher des travailleurs, et d’après les données récoltées par l'Enquête sur les postes vacants et les salaires de Statistique Canada, au Québec, le taux de postes vacants a atteint un sommet de 6,1 % à la fin de 2021, ce qui se traduit par 238 050 postes à combler.

 

Les causes de la pénurie de main-d’œuvre

 

Parmi les causes de la crise du marché du travail, on trouve le vieillissement de la population (c’est-à-dire que le nombre de nouveaux jeunes travailleurs disponibles est inférieur au nombre de travailleurs qui prennent leur retraite — baby-boomers — ; les conséquences de la pandémie, qui augmente le taux d’absentéisme au travail et intensifie le manque d’employés dans certains secteurs, comme l’agroalimentaire, la restauration, la santé et l’éducation, fortement affectés par les nouvelles conditions imposées par la COVID-19 ; de même que la réduction du nombre d’immigrants reçus dans les dernières années et une politique d’immigration priorisant les travailleurs diplômés, ce qui ne couvre pas les besoins du marché du travail puisqu’environ 25 ?s emplois disponibles sont « moins qualifiés ».

D’ailleurs, l’écart entre le taux des postes vacants et le taux de chômage, qui s’est établi en janvier 2022 à 5,4 % au Québec, s’explique, en général, par une disparité entre les emplois offerts et les profils des candidats. Ainsi, malgré les chômeurs, un sondage mené par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a conclu que deux tiers des petites et moyennes entreprises ont du mal à combler leurs besoins de personnel. C’est donc un frein important à la croissance économique et un potentiel risque pour la rentabilité à long terme de ces mêmes entreprises.

 

Solutions globales à la pénurie de main-d’œuvre

 

Conscient de l’ampleur du problème, le gouvernement provincial a récemment lancé le programme « Opération main-d’œuvre » qui vise à pallier le manque d’effectifs qualifiés dans des secteurs prioritaires ayant connu des défis importants dus à la rareté des candidats (santé, éducation, services de garde, technologies de l’information, génie et construction). De ce fait, 3,9 milliards de dollars seront investis sur une période de 5 ans afin de développer 4 leviers d’action : formation, y compris la requalification des travailleurs ; intégration des personnes sans emploi ; maintien en emploi des travailleurs et immigration ciblée.

D’autre part, les gouvernements du Québec et du Canada ont également assoupli en décembre dernier les conditions pour employer des travailleurs étrangers temporaires pour de postes non qualifiés (à faible salaire), notamment en permettant d’augmenter le pourcentage d’embauche à 20 %, comparativement à 10 %.

« Ce sont plus de 18 milliards $ que le Québec a laissés sur la table dans les deux dernières années en raison de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur manufacturier. » Cette déclaration faite par Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), au Journal de Montréal, met en évidence l’impact économique important de cet enjeu.
 

Solutions à la pénurie de main-d’œuvre dans les PME


Pour faire face aux défis imposés par la pénurie de talents, les petites et moyennes entreprises doivent implanter des stratégies qui soutiennent leur croissance et leur productivité. Voici quelques solutions proposées qui font suite à Opération main-d’œuvre, mais dans un contexte de TPE (très petite entreprise), ajoutons à cela quelques solutions proposées par la BDC :

  • Formation, n’hésitez pas à former à l’interne des candidats sans expérience, Emploi-Québec possède des programmes pour les entreprises sur ce sujet.
  • Intégration de personnes sans emploi, qu’elles soient sans expérience, sans diplôme ou qu’elles possèdent un handicap, Emploi-Québec possède aussi des ressources à ce sujet.
  • Pour le maintien en emploi des travailleurs, plutôt que de perdre un employé vers la retraite, le réaménagement de son horaire à temps partiel peut être considéré.
  • Immigration ciblée, encore une fois, Emploi-Québec offre du support pour le recrutement hors Québec.
  • Cette solution peut demander peu ou beaucoup de budget selon la solution choisie, mais si les entreprises ont du mal à embaucher des candidats, elles peuvent faire le virage vers les nouvelles technologies et l’automatisation (assistants virtuels et messages textes automatisés, ou l’intégration d’un logiciel de gestion de projet ou du flot de travail par exemple). L’idée étant de permettre aux employés déjà présents de gagner en productivité avec des solutions plus avancées que le traditionnel fichier Excel.
  • En ce qui touche les opérations, toujours dans une optique d’automatisation, mais qui requiert parfois beaucoup de capitaux, faire l’acquisition de machinerie plus efficace peut s’avérer une solution à la pénurie de main-d’œuvre (par exemple l’achat d’un lave-vaisselle ultra performant au lieu d’un lavage à la main archaïque, ou encore l’achat d’une machine faisant une tâche répétitive demandant de la précision, libérant de précieuses heures de main-d’œuvre qu’on peut affecter ailleurs).
  • Si les entreprises ayant un plus grand nombre d’employés ont des difficultés de fidélisation ou de rétention de personnel, elles peuvent offrir un « régime de rémunération global » incluant, en plus d’un salaire et des avantages sociaux concurrentiels, des bénéfices comme des modalités de travail flexibles (horaire, nombre d’heures, lieu) et du mentorat, hautement valorisé par les jeunes. « Pour une petite entreprise, la mise en place d’un programme de mentorat peut être aussi simple que de demander à un employé chevronné de s’occuper d’un débutant », Jacques Légaré, directeur Stratégie d’affaires à BDC Services-conseils.
  • Une solution peut-être moins discutée, mais parfois utilisée, entre autres par le Fonds d’Emprunt Montérégie, consiste à retenir les services de pigistes et de sous-traitants pour certaines tâches nécessaires, mais ne faisant pas partie du cœur de votre modèle d’affaires. Consultez notre billet de blogue ici pour en savoir plus.

 
Tous les acteurs du milieu du marché du travail s’entendent pour dire que la pénurie de main-d’œuvre est une problématique qui est là pour rester. Il devient donc impératif de trouver des solutions adaptées à la réalité de sa compagnie pour assurer sa croissance, et même sa survie.