29 Mars 2022

Le microcrédit dans la vie d’une entreprise

Depuis 2009, le Québec célèbre annuellement le 11 mars comme étant la Journée Nationale du Microcrédit Entrepreneurial, une occasion de mettre de l’avant l’apport significatif du microfinancement dans le développement économique et social de nos régions. En bref, le microcrédit s’adresse aux entrepreneurs qui se trouvent en situation financière précaire et qui sont exclus du système de crédit traditionnel. C’est-à-dire ceux et celles qui se voient refuser des prêts bancaires, malgré la viabilité de leur projet d’entreprise.

Le microprêt, qui est accordé à l’individu, doit absolument servir de levier ; il doit permettre à l’entreprise d’aller chercher plus des revenus pour avancer. Il s’agit donc d’une approche qui vise à sortir les gens de la pauvreté en leur donnant des outils pour acquérir l’autonomie financière qu’ils recherchent. Dans ce sens, les prêts ne sont pas généralement consentis pour des fonds de roulement, des dépenses opérationnelles ou pour payer des dettes accumulées, par exemple.

 

Comment le microprêt contribue-t-il au développement d’une entreprise ?

 

Au Québec, les organismes de microcrédit, membres du réseau MicroEntreprendre comme le Fonds d’Emprunt Montérégie, soutiennent des projets se trouvant à différents stades du cycle de vie d’une entreprise, à savoir :

 

  1. Prédémarrage : L’entreprise en prédémarrage est à l’étape de conception de son modèle d’affaires et elle n’a pas encore fait des tests de marché. Cela veut dire qu’on n’a pas atteint le « produit minimum viable » (ou MVP de l’anglais Minimum Viable Product), soit la version initiale d’un produit ou d’un service qui peut être lancée auprès des clients qui donneront des rétroactions permettant de l’améliorer.

 

Le microprêt pour une entreprise en prédémarrage peut aller de 2 000 $ à 5 000 $. Prenons le cas d’une entrepreneuse qui connait bien le fonctionnement du secteur de la mode grâce à son expérience de travail préalable chez un distributeur, puis un grossiste, et ensuite comme gérante de magasin. Elle utilise le microfinancement pour acheter un petit inventaire, louer un local pour une boutique éphémère et imprimer des affiches pour faire la promotion des ventes de courte durée. Elle en profite, d’ailleurs, pour poser des questions aux clients intéressés qui visitent le magasin « pop-up » afin de peaufiner son offre.

 

  1. Démarrage : une entreprise en étape de démarrage possède un plan d’affaires clair et de prévisions de ventes réalistes, puisqu’elle a déjà testé le marché. Elle a alors généralement fait des ventes ou a, à tout le moins, des contrats potentiels sérieux, ce qui lui permet de demander une somme un peu plus importante. À partir de ce stade, les emprunteurs peuvent bénéficier d’un crédit allant jusqu’à 20 000 $.

 

Continuons avec l’exemple de l’entrepreneuse ouvrant dans le secteur de la mode. Elle a identifié que la gamme de vêtements qu’elle offrait, en étant d’une qualité supérieure, était plus coûteuse que la moyenne. Elle décide donc de trouver une localité touristique ayant des résidents avec un meilleur pouvoir d’achat. Le prêt à cette étape sert à déménager, à améliorer les tablettes du magasin et à acheter un inventaire plus large. D’autres exemples seraient :

 

  • L’achat d’équipements vidéo pour une maison de production ayant signé des contrats, ce qui diminue les coûts de tournage et facilite l’obtention de nouveaux mandats ;

 

  • L’acquisition d’un drone spécialisé pour une société d’inspection industrielle ayant une demande grandissante et une flotte de drones insuffisante pour s’adapter aux conditions météorologiques ;

 

  • Ou encore l’achat des matières premières comme des ingrédients pour faire de la transformation alimentaire afin de répondre aux commandes des distributeurs.  

 

Tous des investissements permettant d’augmenter les revenus de la compagnie et agissant ainsi comme effet de levier. À noter qu’il est aussi possible pour le microcrédit de se joindre à un montage financier avec d’autres partenaires afin de combler un manque à gagner. Par exemple, les sommes sont au maximum pour chacun des partenaires du montage, mais il manque une somme d’un maximum de 20 000 $ ou encore, le microcrédit peut servir à payer ce que les autres prêteurs ne veulent pas financer dans certains cas.

 

  1. Croissance : l’entreprise en croissance marche bien, elle respecte ou dépasse les projections établies. L’entrepreneur a l’impression de s’être rendu à l’étape suivante puisqu’il y a une effervescence du produit ou du service ; une demande réelle se fait sentir et la clientèle a donné un feed-back qualitatif suffisant et a adopté l’offre de la compagnie. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, une entreprise en expansion pourrait ne pas encore être à son seuil de rentabilité. Ce type d’entreprise peut avoir complété la première ronde de financement de démarrage (Futurpreneur + BDC, programme STA, Stratégie Jeunesse, etc.), mais il lui faudrait encore un peu plus de financement pour continuer sa croissance. C’est là que le microcrédit peut être utile.

 

Le cas d’une compagnie qui doit commander un inventaire beaucoup plus volumineux afin de remplir les exigences d’un grossiste ou d’un distributeur et d’obtenir un prix avantageux et donc une meilleure marge de profit est l’exemple parfait de ce qu’un microprêt pourrait faire pour une entreprise à ce stade.

 

  1. Consolidation/redressement : l’entreprise qui se retrouve avec un besoin de consolider ou de redresser ses finances traverse une période difficile dans le développement de son entreprise. C’est souvent une situation où l’on voit quand même un potentiel clair pour se rétablir. Il pourrait s’agir d’un nouveau client de l’organisme prêteur ou bien d’un ancien client qui a rencontré certaines situations ayant compromis la stabilité de la compagnie.

 

Pour illustrer ce type de circonstances, on n’a qu’à regarder l’actualité récente. Un évènement totalement inattendu comme la pandémie et la crise économique qui en découle cause la perte d’emplois et affaiblit de manière dramatique la capacité des gens à dépenser de l’argent dans des produits ou des services considérés comme non essentiels (ex. : luxe ou divertissement). Une bulle immobilière ou d’investissement dans un secteur particulier pourrait entraîner le même genre de contretemps chez les petites entreprises. Des problèmes pour payer le loyer de son local commercial, des travaux de rénovation déjà entamés ou des sous-traitants tendent à se pointer rapidement.

 

L’entrepreneur pourrait également se retrouver en étape de consolidation/redressement face à l’entrée de nouveaux compétiteurs qui changent la donne, à la prise de mauvaises décisions ou encore à de la malchance malgré un plan de match bien formulé. Il cherche alors un coup de main afin d’essayer une dernière chose qui lui permettrait de sortir la tête de l’eau. Le microprêt reçu et l’accompagnement de proximité rattaché à celui-ci donnent au chef d’entreprise la possibilité tangible d’y arriver.

 

Le microfinancement fait par conséquent la différence auprès des petites entreprises. Sans ces prêts issus de la communauté et du secteur privé, beaucoup d’entreprises n’auraient pas vu le jour ou n’auraient pas survécu aux aléas de la vie entrepreneuriale qui comporte toujours des risques. Les organismes de microcrédit font chaque fois une analyse particulière qui tient compte du contexte, des besoins et de la capacité de remboursement de l’entrepreneur. Leur désir profond est d’épauler les individus en leur donnant une réponse positive plutôt que négative à leur demande de prêt.